LA POSTE MODERNE

«Y a rien, en ce moment, qui pourrait changer la situation dans laquelle je me trouve. Parce qu’il y a juste une chose que mon corps me dit de faire, alors je l’écoute :

Je pleure des larmes incontrôlables dans la salle de bain de deux inconnus.

On est à Ville-Mont-Royal, sur l’heure du souper, je pleure à temps et demi dans une toilette qui a plus le feeling d’un garde-robe pis si je sors pas de là d’ici 19h45 ça va être à temps double.

Y a cinq minutes un monsieur m’a vue sur le trottoir, assise la tête entre les mains, pis il m’a attirée chez lui avec deux tylenols pis la possibilité de me reposer sur un divan. Il est rentré en prévenant que «bon, finalement j’ai ramené la factrice!». Depuis le salon où elle regardait la télé, sa femme a commenté: «bein voyons donc».

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Lettre à la baie

«Je l’ai fait.
Je suis partie.
Encore.

Y a longtemps, je t’ai dit que pour que ça serve à quelque chose, le voyage, faut déterminer ce qu’on va chercher versus ce qu’on va fuir.
Là, je fais la touriste ; j’ai même pas envie de chercher.

Je me suis traînée sur le bord de la Baie-des-Chaleurs, j’ai planté ma tente sur la grève, comme les locaux m’ont dit de le faire, et depuis trois heures, j’attends.

Pas d’épiphanie en vue.
Je fais du surplace, mais ailleurs.

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I used to wear a suit

«À quoi j’ai pensé.

Autour de moi, des machines se font la guerre pour un peu d’attention. Tous ces jingles, ces ding ding ding, ces néons clignotants, tous ces écrans tactiles hyperactifs et ces stimuli qui fusent de toute part ont saturé mon disque dur depuis au moins une heure déjà. Qu’est-ce que je fous ici.J’essuie une série d’échecs à trouver la sortie, jamais annoncée, à travers ces corridors qui débouchent sur d’autres corridors, ces labyrinthes de larges pièces sans horloge où n’entre aucune lumière du jour, stratégie connue pour transformer les vacanciers sans histoire en joueurs pathologiques. Las Vegas. Capitale du divertissement. 31 décembre.»

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Tu peux pas savoir

«Tu peux pas savoir que quand je t’ai demandé si t’attendais quelqu’un, ça m’aurait pas dérangé que tu me dises oui, parce que l’histoire que j’avais laissée en plan était là encore au cas, pour me tenir compagnie. Mais à te regarder de plus près, j’ai essayé d’imaginer la personne que t’attendrais, pis j’y arrivais comme pas. Parce que toi, t’avais l’air différent; je sais pas trop, original, mais par en dedans, pis tu pouvais pas forcément fitter avec n’importe qui. J’avais compris comment tu te divertis juste à regarder les gens, que tu te passes de longues réflexions dans ta tête pis qu’à cause de ça tu te rends pas compte que d’autres gens – ceux que t’es pas entrain de regarder – te regardent. Tu te penses inaperçu parce que c’est toi qui observe mais c’est pas vrai… en tous cas moi je t’ai vu.»

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