Éventuellement, j’ai voulu préciser l’histoire du frère d’Ernest duquel venait la rumeur du vaudou, rumeur qu’il avait apprise à Kisubi après avoir fui un génocide dans le pays voisin. Déjà, me rappeler que ce grand-oncle a lui aussi existé, me donne envie de faire une suite à ce documentaire.  Lequel était-ce, déjà?

J’appelle ma mère, elle ne sait plus si c’était Gérard ou Léonide, ce devait être Léonide parce qu’il a passé sa vie en Haïti, alors que Gérard était un timide, il n’a pas voyagé. Du moins elle croit. Elle va me rappeler, elle est au restaurant.

Je suis trop pressée de savoir. Je tape Léonide Julien Rwanda dans Google

et je tombe sur une nécrologie. Celle de Gérard.

C’est là que j’apprends qu’il est mort en 2005, et qu’en 1976, soit à 65 ans, il a décidé d’aller aider ses confrères au Rwanda. Pas si timide, finalement, le Gérard. Mais il serait resté là-bas jusqu’en 1994? Aussi longtemps?

Je clique sur d’autres résultats de recherche et tombe sur ces documents-là:

 

Je suis impressionnée, je suis terrorisée à la place de Léonide, de saisir un fragment de sa vie au passage. Entre le premier et le deuxième document que je trouve, donc, il s’est passé des choses qu’Éliane, ma grande-tante, m’avait racontées à demi: que son frère avait réussi à s’enfuir dans une voiture,  que personne n’avait eu de ses nouvelles pendant plusieurs jours,qu’on l’avait cru mort, puis qu’il était réapparu à Kisubi, où la communauté l’avait accueilli. C’est là qu’ils lui avait partagé l’hypothèse du vaudou pour expliquer la mort d’Ernest. Le monsieur vient de fuir un génocide. Peut-être qu’il avait pas besoin de ça en plus, je me dis, mais bon. Peut-être qu’il était prêt à tout entendre, maintenant qu’il avait vu pire.

J’aimerais savoir dans quel état il est arrivé à Kisubi. J’espère que je parlerai là-bas à des gens qui l’ont vu à ce moment. Mais certainement que oui. Les chances sont meilleures en tous les cas que je rencontre quelqu’un qui a connu Léonide en 1994 qu’Ernest en 1966.

Je me suis dit ça sans savoir qu’une semaine plus tard, j’allais découvrir l’existence d’un autre Ernest, Paquet celui-là, ancien élève de mon grand-oncle et ancien collègue en Ouganda. Je ne pouvais prédire jusque là que pour ma fête, j’allais m’offrir un séjour en Ohio pour lui faire parler d’Ernest et de Kisubi.

Mais ça, je le raconte plus tard.